Voici le récit de ma première journée sur PROJECT MUTANT. Tout a commencé par une question bête : "et si on arrêtait de choisir entre un Raspberry Pi et un serveur ?"
J'ai écrit ce journal après coup, mais chaque étape est notée avec ce qui se passait dans ma tête à ce moment-là. Les doutes, les mauvaises idées, les décisions. Bienvenue dans le cerveau d'un type qui ne sait pas dire non à un projet trop ambitieux.
L'idée initiale & le premier choc 08:30 — 11:00
L'idée de départ était simple : une lame serveur low-cost autour d'un Allwinner H616, avec de la eMMC intégrée. Compact, boot rapide, pas cher. Le Raspberry Pi a montré le chemin, mais son Ethernet 100 Mbps, son USB 2.0 et l'absence de PCIe le disqualifient pour un vrai cluster. On pouvait faire mieux.
L'Allwinner H616 avait tout pour plaire sur le papier : dispo, pas cher, quad-core A53. Mais la réalité a vite rattrapé le rêve.
Problème : l'eMMC est en BGA — impossible à dessouder sans station de réparation. Et le flashage FEL est une plaie. Bref : un composant mort = carte morte. Dans un monde où tout est déjà fait pour durer 2 ans, concevoir un truc avec un point de défaillance unique non réparable, c'était non.
Oui, la MicroSD c'est ~30 MB/s contre ~150 MB/s pour l'eMMC. Mais le RK3328 boot directement sur SD — pas de flashage relou. Et pour un serveur, le système se charge en RAM de toute façon. L'impact au quotidien est négligeable.
Le grand pivot matériel 12:15 — 15:00
Une fois l'eMMC écartée, une question s'est imposée : si on change le stockage, pourquoi pas le processeur aussi ? Et c'est parti pour une exploration du catalogue Rockchip.
- Ethernet 100 Mbps
- USB 2.0
- Pas de PCIe
- eMMC obligatoire
- 8 Go LPDDR4
- NVMe PCIe 2.1
- NPU IA
- PCB 6 layers ⚠️
- GbE 1000 Mbps
- USB 3.0 SuperSpeed
- DDR4 · PCB 4 couches
- RK805 intégré
Le RK3566 faisait vraiment de l'œil : 8 Go de LPDDR4, du NVMe natif, une NPU pour l'IA. Le processeur de rêve, quoi. Mais le rêve a un prix : la LPDDR4 impose un PCB 6 couches, des paires différentielles millimétrées, une gestion d'impédance de ouf. Le coût de fabrication doublait, la complexité explosait.
Pour une V1 — un prototype — c'était clairement trop. Trop cher, trop risqué, trop long.
Le RK3328, lui, cochait toutes les cases : Gigabit Ethernet natif (pas de bridge USB-ETH à la con), USB 3.0 SuperSpeed, et de la bonne vieille DDR4 sur un PCB 4 couches accessible. Le PMIC RK805 intégré gère tout le séquençage d'alimentation — un détail de moins à gérer.
Bonus : le RK3328 a des designs de référence dispo, une communauté active, et un support mainline Linux nickel (noyau 5.10+). Ça fait gagner un temps fou.
L'architecture du backplane & la télémesure 16:45 — 19:30
SoC choisi. Restait à décider comment les cartes allaient causer entre elles. Le backplane — le support passif qui relie les lames — serait le cœur du truc.
L'idée : le backplane reste passif pour les données, mais chaque lame a son propre ESP32 de supervision. Pourquoi un microcontrôleur dédié ? Parce qu'il est indépendant du SoC principal — il tourne même si la lame est éteinte ou plantée. Il surveille :
- 🔋 Tension — mesure et rapport de l'alimentation
- 🌡️ Température — sonde sur le point chaud du SoC
- ✅ Présence — détection hot-plug des lames
- ⚡ Puissance — consommation instantanée par lame
Le bus de mesure tourne en I²C isolé, topologie multi-drop. Chaque ESP32 a sa propre adresse. Et ça ne touche pas au réseau Gigabit ni à l'USB 3.0 — les données lourdes d'un côté, la supervision de l'autre.
Le cœur du multiplexeur 20:00 — ...
La journée s'est finie sur une idée un peu folle : et si la carte pouvait détecter toute seule où elle se trouve et commuter ses signaux en fonction ?
Le TS3V340, c'est un multiplexeur 4 voies. Placé entre le SoC et les connecteurs, il envoie les signaux soit vers le port USB-C / HDMI (mode solo, comme un Pi), soit vers le connecteur PCIe du backplane (mode rack). Une seule broche — DETECT — décide de tout.
Le délire : la broche DETECT est reliée à une masse différente sur le backplane. Quand on insère la carte dans le rack, le niveau logique bascule — et le MUX commute en 50 nanosecondes. Zéro intervention. Zéro switch. Zéro jumper. C'est tout.
Pourquoi je trouve ça cool : les hybrides existants utilisent des jumpers ou des DIP switches pour passer d'un mode à l'autre. Ça s'use, ça se perd, et c'est une source d'erreur en plus. Le TS3V340 supprime tout ça. La carte sait où elle est, point.